Quand ce n'est plus seulement une mauvaise journée…

Souffrance au travail : comprendre les mécanismes pour agir durablement
Les chiffres les plus récents nous invitent à regarder autrement la souffrance au travail.
Selon le baromètre Empreinte Humaine / Ipsos-BVA publié en 2026, un salarié sur deux se trouve en situation de détresse psychologique. Parmi les salariés concernés, 83 % établissent un lien, au moins partiel, entre cette détresse et leur travail.
Plus révélateur encore, 51 % des salariés interrogés déclarent manquer de temps pour réaliser un travail de qualité, tandis que 60 % ont le sentiment d'être devenus de simples exécutants.
Au-delà des chiffres, ces résultats interrogent notre conception du travail, du management et de la performance.
Car derrière la souffrance professionnelle, il n'y a pas seulement une accumulation de stress, une surcharge de travail ou une difficulté individuelle à faire face aux exigences du quotidien.
Il y a parfois quelque chose de plus profond : la perte progressive du pouvoir d'agir, l'impossibilité de faire un travail dont on puisse être fier, le sentiment de ne plus être reconnu dans sa contribution ou encore la disparition des espaces où l'on peut discuter du travail réel.
Les travaux de Christophe Dejours sur la reconnaissance et la souffrance au travail, comme ceux d'Yves Clot sur la qualité du travail, ou encore Yann Le Bossé sur le pouvoir d'agir, éclairent ces mécanismes.
Ils nous rappellent combien le travail participe à la construction de notre identité, à notre sentiment d'utilité et à notre place dans le collectif.
Lorsque nous ne pouvons plus mobiliser pleinement nos compétences, défendre nos valeurs professionnelles ou contribuer à un projet porteur de sens, ce n'est pas seulement notre motivation qui s'érode. C'est parfois aussi la confiance que nous avons en nous-mêmes.
Et c'est précisément là que la souffrance individuelle devient une question collective.
Alors, comment agir durablement, au-delà du simple constat ?
Nous avons longtemps privilégié des réponses centrées sur les individus : apprendre à gérer son stress, développer sa résilience, prendre du recul ou mieux réguler ses émotions.
Ces approches ont toute leur utilité. Mais peuvent-elles réellement suffire lorsque les difficultés trouvent aussi leur origine dans l'organisation du travail ?
On ne peut pas demander aux personnes de devenir toujours plus résistantes sans interroger ce qui, dans leur environnement professionnel, les fragilise.
Agir durablement suppose donc de mobiliser plusieurs leviers complémentaires, en articulant les dimensions organisationnelles, collectives et individuelles.
Agir sur l'organisation du travail, d'abord, en questionnant les charges de travail, les pratiques managériales, les modes de reconnaissance, les marges d'autonomie et les conditions dans lesquelles chacun exerce ses missions. Le conseil RH, l'accompagnement des transformations et la prévention des risques psychosociaux prennent ici tout leur sens. Il ne s'agit pas uniquement de prévenir les situations de souffrance, mais aussi de créer les conditions permettant à chacun de réaliser un travail de qualité.
Redonner du pouvoir d'agir aux managers et aux collectifs, ensuite. Car les difficultés professionnelles ne se résolvent pas uniquement à travers des décisions organisationnelles. Elles nécessitent également de recréer des espaces de dialogue, de coopération et de régulation, dans lesquels les professionnels peuvent confronter leurs points de vue, partager leurs difficultés et construire ensemble des solutions. La formation, le codéveloppement et l'analyse des pratiques professionnelles constituent des leviers précieux pour faire évoluer les représentations, les postures managériales et les fonctionnements collectifs.
Accompagner les personnes dans leur reconstruction est tout aussi essentiel. Lorsque la souffrance s'est installée, elle peut laisser des traces profondes : perte de confiance, sentiment d'échec, culpabilité, difficultés à se projeter ou à retrouver sa place. Même lorsque l'environnement professionnel évolue, ces répercussions ne disparaissent pas nécessairement. L'accompagnement thérapeutique, l'EMDR, le coaching ou encore l'équithérapie peuvent, selon les situations et les besoins, contribuer à restaurer les ressources personnelles, à comprendre ce qui s'est joué et à retrouver une capacité de choix et d'action.
Enfin, réconcilier santé psychologique et performance durable suppose de dépasser l'idée selon laquelle le bien-être au travail serait un sujet périphérique, voire une simple responsabilité individuelle.
La qualité du travail, la reconnaissance, la coopération et les possibilités d'agir constituent des dimensions essentielles de la santé des personnes, mais aussi du fonctionnement des organisations.
Une organisation ne devient pas durablement performante en demandant toujours davantage d'adaptation à ses collaborateurs. Elle le devient aussi en leur donnant les moyens de bien faire leur travail.
Une conviction au cœur de mes accompagnements
Mon parcours dans les ressources humaines, le management, l'accompagnement des transformations et la pratique thérapeutique, complété par ma formation de secouriste en santé mentale m'a progressivement conduite à développer une approche globale de la souffrance au travail.
Une approche qui ne dissocie pas la personne de son environnement, ni les difficultés individuelles des dynamiques collectives et organisationnelles.
Car on ne peut pas durablement accompagner les personnes sans interroger les environnements dans lesquels elles évoluent. Et l'on ne peut pas transformer les organisations sans prendre en compte celles et ceux qui les font vivre.
C'est cette complémentarité qui donne du sens à mes interventions auprès des entreprises, des managers, des collectifs et des particuliers.
L'enjeu n'est pas simplement d'aider les personnes à mieux supporter les contraintes, ni de rechercher une performance qui s'exercerait au détriment de leur santé.
Il est de permettre à chacun de retrouver des ressources, du sens, de la reconnaissance et des marges de manœuvre, tout en accompagnant les organisations vers des pratiques plus soutenables.
Et si la véritable question n'était plus seulement « Comment aider les personnes à tenir ? », mais « Comment créer les conditions pour qu'elles n'aient plus à s'épuiser pour bien travailler ? »
Natacha Aubugeau
Conseil RH • Formation • Coaching • Accompagnement thérapeutique
Écouter • Accompagner • Transformer
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