Trouver son propre chemin
- natachaaubugeau4
- 17 déc. 2025
- 4 min de lecture
En écoutant le dialogue entre Fabrice Midal et Thomas d’Ansembourg, je n’ai pas eu le sentiment d’entendre une réflexion de plus sur le bonheur. J’y ai plutôt reconnu, avec une acuité presque troublante, ce que j’observe chaque jour dans mes séances de coaching : des personnes qui ne vont pas mal parce qu’elles manquent de ressources, mais parce qu’elles se sont éloignées d’elles-mêmes.
Nous avons appris très tôt à croire que, lorsque quelque chose ne va pas, le problème vient de nous. Alors nous cherchons à nous corriger, à nous améliorer, à nous adapter encore. Cette posture est profondément ancrée. Elle traverse l’éducation, le monde du travail, les relations. Elle installe une idée silencieuse mais puissante : si je souffre, c’est que je ne fais pas comme il faut.
Ce que Thomas d’Ansembourg met en lumière dans cet échange, c’est à quel point cette logique nous enferme dans un rapport de force permanent. Un rapport de force contre nous-mêmes d’abord. Il faut tenir, avancer, dépasser, contrôler. Même nos émotions deviennent des obstacles à gérer. En séance, je vois combien cette violence intérieure est banalisée. Elle est souvent confondue avec la responsabilité ou le courage, alors qu’elle épuise et rigidifie.
Sortir de ce rapport de force ne signifie pas renoncer ou se laisser aller. Cela implique un déplacement bien plus profond : changer de posture intérieure. Passer de la domination de soi à l’écoute de ce qui est vivant. Ce basculement est rarement confortable. Il demande d’accepter de ne plus se battre contre ce que l’on ressent, et de regarder autrement ce qui se joue.
Un autre point central du dialogue entre Fabrice Midal et Thomas d’Ansembourg concerne la responsabilité. Une responsabilité souvent mal comprise. Beaucoup de personnes que j’accompagne confondent encore être responsable et se rendre coupable. Elles se reprochent de ne pas aller bien, de ne pas réussir à changer plus vite, de ne pas être à la hauteur. Or la responsabilité, telle qu’elle est évoquée dans cet échange, n’est jamais une condamnation. Elle est une capacité à répondre à ce qui est là, sans jugement, sans violence. Être responsable, ce n’est pas se contraindre ; c’est se reconnaître comme sujet de sa vie.
Fabrice Midal insiste également sur un piège très répandu : celui du mental. Nous avons appris à comprendre, analyser, expliquer. Et souvent, cette compréhension devient une manière d’éviter de ressentir. En coaching, je rencontre des personnes extrêmement lucides sur leur histoire, leurs schémas, leurs blessures. Elles savent. Et pourtant, rien ne bouge. Parce que la transformation ne se produit pas dans l’analyse, mais dans l’expérience vécue. Elle passe par le corps, par le ressenti, par ce qui ne se maîtrise pas complètement.
Le corps, justement, est souvent le grand oublié. Il parle pourtant en permanence : fatigue, tensions, douleurs, perte d’élan. Mais nous l’écoutons tard, quand il n’est plus possible de faire autrement. Réhabiliter le corps, ce n’est pas ajouter une technique de plus ; c’est accepter de ralentir, de sentir, de laisser émerger ce qui n’a jamais eu de place.
Le dialogue entre Fabrice Midal et Thomas d’Ansembourg évoque aussi un passage incontournable : celui du non-savoir. Ce moment où les anciens repères ne tiennent plus, où l’on ne sait plus très bien qui l’on est ni où l’on va. Beaucoup cherchent à éviter cette zone de flou. Ils veulent des réponses, des directions, des solutions. Or ce vide est souvent un seuil. Un moment nécessaire pour que quelque chose de plus juste puisse émerger. En coaching, mon rôle n’est pas de remplir ce vide, mais de permettre qu’il soit traversé sans être fui.
Enfin, cet échange rappelle avec force qu’il n’existe pas de modèle universel du bonheur ou de la bonne vie. Toute tentative de normalisation produit de la souffrance. Le chemin ne peut être que singulier. Chercher à entrer dans un cadre, même séduisant, revient souvent à se trahir un peu plus.
Ce que le dialogue entre Fabrice Midal et Thomas d’Ansembourg vient profondément éclairer, c’est que le changement ne naît ni de la contrainte, ni de la compréhension intellectuelle, ni d’un effort supplémentaire pour aller mieux. Il naît d’un déplacement intérieur, souvent discret, parfois inconfortable, mais toujours singulier.
C’est précisément là que se situe, pour moi, le sens du coaching.
Le coaching n’est pas un espace où l’on apprend à mieux fonctionner, ni un lieu où l’on applique des recettes pour aller bien. Il est un espace où la personne peut cesser de se battre contre elle-même, déposer les injonctions intériorisées, sortir des rapports de force — avec elle, avec les autres, avec la vie.
Accompagner, ce n’est pas montrer un chemin, ni indiquer une direction à suivre. C’est créer les conditions pour que la personne puisse retrouver sa propre autorité intérieure, celle qui ne contraint pas mais qui choisit, celle qui ne s’impose pas mais qui s’ajuste.
Dans cet espace, il devient possible de ralentir, de ressentir, de ne pas savoir, de traverser le flou sans s’y perdre. Non pas pour atteindre un état idéal, mais pour redevenir capable d’habiter sa vie avec plus de justesse.
Le coaching prend alors tout son sens : non comme une promesse de bonheur, mais comme un chemin de réconciliation avec soi, à partir duquel chacun peut, à sa manière, avancer.





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